La Comté – Dijon, un grand vol de plaine et plein de premières fois.

Toujours difficile pour moi, vu mon éloignement, de réaliser un beau vol de plaine. Il faut être disponible sur plusieurs jours, repérer la bonne fenêtre météo, se déplacer loin, être sur le bon site, et enfin ne pas rater son vol… Mais je suis fan et motivé et comme je tente, de temps en temps ça marche 🙂

Cette fois ci tout a fonctionné! En grosse partie pour la logistique grâce à Franck et Régis… Départ de Thun (CH) vendredi après-midi direction Paris où Franck me propose de m’héberger. J’arrive après 23 heures, ça faisait longtemps que l’on ne s’était pas vu, on a discuté autour d’une bière(s) et puis dodo, avec le réveil réglé pour 5h30.

Samedi matin rendez-vous avec Régis et Ralph, à 7 heures Porte de la Chapelle pour un covoiturage de 2 heures, direction le site de La Comté au Sud de Béthune.

7 heures sur Paris, c’est limpide.

Arrivée sur site à 9h00, le vent est face, il y a déjà de petites rues de cumulus. Un bon point pour la plaine, les décollages ne sont pas hauts, il faut 2 minutes pour monter les 25 mètres de dénivelé. On prépare le matériel, plusieurs pilotes arrivent, Max, Fred, Denis….

Régis, Franck, Greg, Ralph.

Quand nous sommes tous prêts, les nuages se moquent de nous. En aspirant l’air du sol ils font tourner le vent au décollage de 90° droite, rendant notre envie d’extraction impossible. On se met en attente, c’est long. Première difficulté de la journée : Arriver à s’extraire… Au bout d’une demi-heure, Régis voit une buse enrouler sur la droite au vent du décollage. Le vent est encore trop travers impossible de décoller. Les cumulus actifs passent sur les côtés du décollage, il nous faut un cumulus qui passe dans notre axe.

les 25 mètres de dénivelé.

Encore quelques minutes d’attente et je vois deux beaux cumulus dérivant pile vers nous. Je me prépare à ce qu’une bouffe de face nous arrive dessus incessamment. Nous sommes plus de 15 pilotes, l’aile étalée au sol, prêts à décoller sur une belle pente en herbe d’un peu plus de 100m de long et de 25m de dénivelé… La bouffe arrive, le vent forcît et se redresse face. Le cycle est là, il n’y a plus un bruit sur le décollage. Les pilotes sont concentrés, tout le monde sait ce qu’il a à faire, en 2 minutes on a tous décollé et à peine 5minutes plus tard nous sommes au plafond à 900m. Il est 10h50. Cette extraction sera pour moi le plus excitant et le plus beau moment du vol. C’était d’une rapidité, d’une facilité, d’une puissance et d’une maîtrise en groupe incroyable.

La plaine en mode ON!

Le début est très facile. Nous sommes environ 10 pilotes dont les pointures du vol de plaine. De vieux potes que je n’avais pas vu depuis longtemps et revoler avec eux me rend tellement heureux, Denis Chouraqui, Franck Arnaud, Maxime Bellemin et Régis Fouret. L’instabilité est bonne le vent de NW à 15 km/h. Pas de soucis avec les zones aériennes pour le moment.

On était bien en groupe pour trouver les thermiques.

Arrivé au NW de Saint-Quentin à 12h00, les conditions se dégradent énormément. Étalements, peu de thermiques, taux de montée ridicule… La masse d’air est neutralisée. J’ai l’impression de ne plus savoir enrouler. Ça va durer 45mn. Franck fait un gros point bas, je pense qu’il est posé mais il se refera à moins de 45m du sol. Ici ça vidéo du point bas et ici la sortie (ne ratez pas ça) !!! Enfin, je trouve un +2 sous le vent de Saint-Quentin qui me permet de remonter au plafond. Maxime est 150m sous moi, il n’aura que des miettes et finira encore plus bas avec Régis qui lui malheureusement posera.

Petit point bas, haut par rapport à celui de Franck et Max.

13h00, le groupe a explosé. Je suis à 1600m, je ne vois plus de pilotes en l’air bien que nous soyons, Denis, Max et moi pas si loin les uns des autres. Nous ne sommes pas en radio pour se contacter. Je poursuis en direction de Reims en évitant la R114 A qui est active. Encore merci les franciliens pour le top briefing des zones aériennes …

Le vignoble de Champagne après Reims.

15h00, j’arrive au N de Reims. Pfff… Les plafonds montent mais ça n’avance pas vite depuis ce coup de mou. Un petit moment de déprime m’envahit  peut-être dû à la digestion de mon sandwich avalé un peu plus tôt. Je pense à ma voiture qui est à Dijon et je ne me sens vraiment pas capable d’arriver jusque là en volant, il reste 235km. Pendant un moment, je pense aller poser pour redescendre en train plutôt que de galérer en stop dans la pampa… Heureusement une lueur de lucidité me reprend et je me dis que si ça se trouve, il n’y aura pas de train Reims / Dijon. Donc je me remotive et j’ai comme objectif de voler plus vite.

15h30, je passe vertical de Chamery à presque 2000m. J’aime ce coin, je repense à Christian, un bon pilote local qui me récupère à la gare à chaque fois que je viens voler sur ce site.

16h00, petite difficulté, j’ai pris un axe trop est. Je dérive sur la CTR de Vatry et de Saint-Dizier. Je me mets en veille sur les fréquences, les deux sont actives. Je suis obligé de me décaler de 12km vers le SW de mon axe pour revenir au vent de la zone de Vatry et avoir ainsi la possibilité de passer par-dessus. Heureusement comme espéré, je reprends un thermique à 600m qui me remonte à 2100m et je saute par-dessus.

17h45, J’arrive sur Troyes à plus de 2100m, le vent passe Nord, puis vite NNE. Maintenant je suis obligé de craber pour aller en direction de Dijon.

La ville de Troyes.

19h30, Je suis dans le bleu depuis un moment, je fais un point bas à 300m du sol. Je m’accroche et remonte lentement en deux thermiques, à 20 heures je suis à 1900m.

20h20 le final gilde.

Final Glide …

20h40, posé à l’ouest de Dijon après 10h00 de vol…

Je suis dans une autre dimension, shooté par l’adrénaline et les endorphines que m’ont procuré ce vol.

Je plie et je fais du stop, mais je n’arriverai pas jusqu’à Dijon. Je dors dehors dans un champs, sur mon aile avec un petit sac de couchage. C’est juillet, il ne fera pas froid…

Le matin debout à 6h30, je fais du stop. Un cuisinier qui se rend au travail me déposera à ma voiture à la gare de Dijon.

Premier 300km, premier 10 heures en vol, première journée de plaine exploitée au maximum en posant à 20h40, première nuit dehors… Superbe aventure qui se finit très bien. Je ne pense pas qu’un plomb de 100 kilomètres derrière le décollage m’aurait donné autant d’énergie et d’émotions…. Il y a des chances pour moi maintenant que les prochains vols aient un petit goût amer. Mais avec un peu de patience les sensations reviendront.

Prochain délire, passer les 200km en triangle FAI dans les Vosges, ça ne coûte rien d’essayer… Qui ne tente rien n’a rien… Inchallah!

La trace du vol: https://www.xcontest.org/world/en/flights/detail:Gregos/11.07.2020/08:39

Analyse du vol par XC Analytics, l’ENZO du programme d’analyse des vols, avec en plus des articles modernes, très intéressants sur l’aérologie.